
Tilde, orthographe et liberté : ce que la loi de mars 2026 change vraiment pour les prénoms
Vous avez peut-être entendu parler d’une « nouvelle loi sur les prénoms » entrée en vigueur en mars 2026. Entre rumeurs et informations vérifiées, difficile de s’y retrouver. Faut-il désormais s’attendre à des prénoms comme Fañch ou Iñaki dans les registres d’état civil ? Le cadre légal a-t-il vraiment évolué ? Décryptage des changements officiels et des prénoms désormais autorisés.
Partie 1 : Le grand changement de 2026 – le tilde entre dans l’état civil
Une bataille judiciaire qui a duré des années
Le printemps 2026 marque un tournant dans l’histoire des prénoms en France. Après des années de procédures judiciaires contradictoires, le ministère de la Justice a officiellement annoncé début mars 2026 qu’il ne s’opposerait plus aux prénoms comportant un tilde (~), ce signe diacritique en forme de « S » que l’on trouve notamment en breton et en basque.
L’affaire emblématique qui a fait basculer la jurisprudence concerne le prénom Fañch, très populaire en Bretagne. En février 2025, la Cour d’appel de Rennes avait déjà jugé qu’un enfant pouvait conserver ce prénom avec son orthographe traditionnelle, incluant le tilde sur le « n ». C’est l’instruction envoyée par la Chancellerie aux procureurs généraux de Pau et de Rennes le 23 janvier 2026 qui a véritablement acté le changement d’approche.
La position officielle du ministère
Contactée par l’AFP, la Chancellerie a justifié cette évolution par une double volonté :
– Respecter les choix individuels des parents, en particulier dans les régions où ces signes diacritiques sont ancrés dans la culture locale
– Ne pas engorger inutilement les juridictions, alors que ces affaires généraient des décisions parfois contradictoires
Le gouvernement a également souligné que le tilde « n’est pas inconnu de la langue française », ouvrant ainsi une brèche dans l’interprétation stricte de l’article 2 de la Constitution qui fait du français la langue de la République.
Partie 2 : Quels prénoms sont désormais autorisés ? Un tour de France des traditions
Bretagne : Fañch, Anañs et les prénoms celtiques
En Bretagne, le tilde (appelé tilde celtique ou lizherenn ñ) est utilisé pour transcrire le son « gn » (comme dans montagne). Il est présent dans de nombreux prénoms bretons traditionnels qui, jusqu’en 2026, devaient être écrits sans leur signe distinctif.
| Prénom breton | Écriture sans tilde (imposée avant 2026) | Écriture traditionnelle désormais possible |
|---|---|---|
| Fañch | Fanch | Fañch |
| Fañchig | Fanchig | Fañchig |
| Anañs | Anans | Anañs |
| Lañs | Lans | Lañs |
| Mañuel | Manuel | Mañuel (variante bretonne) |
Pour les familles bretonnes, cette réparation orthographique est une reconnaissance de leur identité culturelle. Le prénom Fañch, équivalent breton de François, est l’un des plus directement concernés.
Pays basque : Iñaki, Iñigo et la graphie basque
Au Pays basque, le tilde est tout aussi essentiel. La lettre « ñ » (eñe) fait partie intégrante de l’alphabet basque et se retrouve dans des prénoms emblématiques.
| Prénom basque | Écriture sans tilde (avant 2026) | Écriture traditionnelle désormais possible |
|---|---|---|
| Iñaki | Inaki | Iñaki |
| Iñigo | Inigo | Iñigo |
| Mañex | Manex | Mañex |
| Iñaxi | Inaxi | Iñaxi |
La décision de la Chancellerie fait suite à de nombreuses demandes émanant du Pays basque, où des parents s’étaient vu refuser l’inscription de Iñaki au motif que le tilde n’était pas un caractère français. Désormais, ces prénoms retrouvent leur graphie authentique.
Occitanie et autres régions : quelles perspectives ?
Bien que l’autorisation officielle concerne avant tout le tilde, elle ouvre une brèche pour d’autres signes diacritiques utilisés dans les langues régionales. En Occitanie, des prénoms comme Pèire (Pierre) ou Joan (Jean) utilisent l’accent grave sur le « e » ou le « o ». À ce jour, ces accents ne sont pas encore officiellement débloqués, mais la logique qui a prévalu pour le tilde pourrait, à terme, s’appliquer à d’autres caractères.
De même, en Corse, des prénoms comme Ghjuvan (Jean) ou Ghjulia (Julie) utilisent des trigrammes et des caractères propres au corse. La question pourrait se poser dans les années à venir, même si aucune annonce n’a encore été faite.
Le tilde et l’État civil : ce qui reste interdit
Malgré cette libéralisation, tous les signes diacritiques ne sont pas autorisés. L’alphabet utilisé doit rester celui qui sert à l’écriture du français, avec désormais une exception pour le tilde en raison de son ancrage régional. Ainsi, les prénoms comportant des umlauts allemands (ö, ü, ä), des accents tchèques (š, č, ř) ou des lettres cyrilliques ne sont toujours pas acceptés.
Par ailleurs, les règles de fond n’ont pas changé : un prénom ne doit pas nuire à l’intérêt de l’enfant. L’officier d’état civil peut toujours saisir le procureur si le prénom est jugé ridicule, grossier ou de nature à exposer l’enfant à des moqueries systématiques.
Tableau récapitulatif : prénoms traditionnels désormais autorisés
| Région | Prénoms concernés | Particularité orthographique |
|---|---|---|
| Bretagne | Fañch, Fañchig, Anañs, Lañs, Mañuel | Tilde sur le « n » (ñ) – son « gn » |
| Pays basque | Iñaki, Iñigo, Mañex, Iñaxi | Tilde sur le « n » (ñ) – lettre eñe de l’alphabet basque |
| Occitanie (en attente) | Pèire, Joan, Miquèu | Accent grave, tréma (non encore autorisés) |
| Corse (en attente) | Ghjuvan, Ghjulia, Pasquale | Graphies avec « ghj », non concernées pour l’instant |
Questions fréquentes sur la loi des prénoms 2026
Conclusion
L’année 2026 restera comme celle de l’assouplissement d’une règle qui, depuis des décennies, empêchait des familles bretonnes et basques de transmettre leur patrimoine culturel par les prénoms. L’autorisation du tilde marque une évolution significative : des prénoms comme Fañch, Iñaki ou Anañs peuvent enfin s’écrire comme ils le sont depuis des générations. Pourtant, le cadre fondamental reste inchangé : la protection de l’enfant prime sur toute autre considération. Entre liberté accrue et vigilance maintenue, le choix d’un prénom demeure un acte aussi personnel qu’encadré.
Et vous, que pensez-vous de cette nouvelle liberté d’orthographe ? Avez-vous déjà envisagé un prénom régional pour votre enfant ? Recherchez votre futur prénom pour en découvrir sa signification.
Pour aller plus loin : Découvrez notre article sur la fabuleuse histoire des prénoms.


